Cambodge Tech sans frontière

Le volontariat dans l’informatique : rencontre avec Benoît Pitet travaillant pour Passerelles numériques au Cambodge.

avril 22, 2016

Passerelles numériques (PN) est une ONG française créée en 2005 et exerçant au Cambodge, au Vietnam et aux Philippines.

Leur mission : permettre à des jeunes qui n’ont pas les moyens de financer leurs études supérieures, d’accéder à une éducation et une formation technique et professionnelle en 2 ans, dans le secteur du numérique. A l’issu des 2 ans, les jeunes obtiennent un diplôme reconnu par l’état et sont spécialisés dans l’une des options proposées par PN (administrateurs systèmes et réseaux, programmeur Web, développeur ou testeur logiciel, selon les centres).

Les étudiants sont sélectionnés par PN (250 jeunes en 2015) après un processus de sélection long et rigoureux (tests écrits, entretiens de motivation et enquêtes sociales). Ils viennent tous de milieux très défavorisés, majoritairement des campagnes et n’auraient pas d’autres moyens de financer leurs études supérieures. Lors de la formation, ils sont donc pris en charge à 100% par Passerelles numériques (frais de scolarité, de santé, nourris et logés), de quoi les mettre dans les meilleures conditions pour réussir.

La parité est aussi l’une des priorités de l’ONG. Au Cambodge, les étudiantes dans le secteur de l’informatique et nouvelles technologies ne représentent que 6%. Pour essayer de combler ce déséquilibre important, Passerelles numériques s’efforce d’accueillir 50% de jeunes femmes dans ses promotions.

Depuis sa création en 2005, 1076 jeunes ont déjà été formés ! Plus de 90% d’entre eux trouvent un emploi quelques mois après la fin de la formation, et ils sont nombreux à être recrutés alors qu’ils sont encore en stage. Ils sont de plus en plus à poursuivent leurs études à l’université, combinant premier emploi et cours du soir, afin d’obtenir une licence ou un Master.

Afin de faire vivre ce projet, en plus d’une majorité de salariés locaux, Passerelles numériques avance grâce à plusieurs bénévoles et volontaires de solidarité internationale (VSI) : c’est le cas de Benoît Pitet ! Anciennement développeur back-end, Benoît a quitté Toulouse l’année dernière pour rejoindre l’équipe de PN au Cambodge et prendre en charge la formation WEP (Programmeur Web).
Il nous raconte comment il s’est lancé dans cette aventure et son expérience sur place !

 

PN Portrait Light (1)

 

Ludwine. Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Benoit Pitet, j’ai 30 ans et je suis originaire du Sud-ouest de la France. J’ai fait mes études à Toulouse en informatique et en gestion (Master MIAGE puis un Master à l’IAE de Toulouse en Innovation, stratégie et entrepreneuriat). Attiré par l’innovation, j’ai intégré une start-up toulousaine spécialisée dans les applications mobiles, dans laquelle je suis resté 5 ans en tant que développeur. Je vis désormais au Cambodge depuis 4 mois où je travaille pour Passerelles numériques dans le cadre d’un contrat VSI pour 2 ans.

Le volontariat dans le numérique reste encore assez peu connu. Comment as-tu connu  Passerelles numériques ?

J’ai connu PN par un collègue qui avait vécu au Cambodge et qui avait eu l’occasion de visiter le centre à Phnom Penh. Lui parlant de mon envie de me lancer dans une expérience de volontariat qui combinerait à la fois l’IT (“Information technology”) et un projet social intéressant, il m’a recommandé cette ONG. J’ai donc commencé à me renseigner sur Passerelles numériques et à suivre son activité pour évaluer la pertinence du projet. J’ai rapidement été convaincu des bienfaits du projet, à la fois pour les étudiants, mais aussi pour leurs familles et le développement du Cambodge. En parallèle, je me suis renseigné sur les dispositifs et aides mis en place pour accompagner les gens qui partent en mission à l’étranger et le VSI est apparu comme le contrat le plus adapté.

Quel a été le déclic pour quitter ton job et te lancer dans l’expérience du volontariat au Cambodge ?

Le déclic vient de plusieurs raisons. D’un point de vue professionnel, après plusieurs années dans la même société, je souhaitais un nouveau défi qui me permettrait à la fois d’utiliser mon expérience professionnelle en IT à l’étranger, tout en découvrant un nouveau contexte professionnel. A ce propos, l’éducation est un domaine qui m’intéresse particulièrement. D’un point de vue plus personnel, j’ai toujours aimé voyager, et je me suis souvent dit que je voulais prendre le temps de découvrir plus longuement une culture et un pays. Ces motivations, associées aux retours d’expériences d’amis ayant fait des missions de VSI et à mon envie de changement, m’ont convaincu que je devais tenter l’aventure. Passerelles numériques remplissait parfaitement l’ensemble de ces critères !

Depuis plusieurs mois tu es coordinateur de la formation WEP de PN. En quoi consiste précisément ta mission ?

PNC délivre deux formations spécialisées au Cambodge : l’une en administration systèmes et réseaux (SNA), l’autre en programmation et développement Web (WEP). Ma mission consiste à coordonner les aspects techniques de la formation WEP. La grosse partie de mon travail consiste à tout mettre en place pour s’assurer de la qualité des cours délivrés. Les professeurs qui sont tous cambodgiens, sont en moyenne assez jeunes et peu expérimentés. Il faut donc un suivi important, que ce soit pour la méthodologie de développement d’un cours, ou sur la partie technique. Il m’arrive également de dispenser des cours à nos élèves sur des thématiques précises. Enfin, nous recherchons et recevons régulièrement des volontaires français, indépendants ou salariés de nos entreprises partenaires, qui viennent apporter leurs compétences et expertises sur des domaines particuliers (administration réseaux, langages, outils…). C’est mon rôle de les accompagner. En plus de ces activités très “opérationnelles”, je dois faire en sorte que le contenu de la formation reste en adéquation avec les besoins du marché local pour assurer la meilleure intégration possible de nos étudiants dans la vie active.

C’est une expérience très enrichissante de par la qualité du projet, la relation avec les étudiants, mes responsabilités et le contexte formation/pédagogie qui est un domaine très nouveau pour moi et auquel je n’aurais pas eu facilement accès en restant en France.

Quel est le marché de l’emploi dans le numérique au Cambodge ? Quelles sont les tendances côté technologies ?

Le marché de l’IT semble être divisé en 4 grands secteurs :

– Les opérateurs de télécom qui développent l’offre mobile/internet/ligne fixe. Ils sont plusieurs à se faire la guerre des prix pour une clientèle estimée à 5 millions de personnes.  Cette concurrence limite les investissements et la rapidité de l’extension de la zone de couverture. La plupart sont des entreprises étrangères (chinoises, vietnamiennes…). Ces acteurs “boostent” assez peu l’emploi direct en IT, mais ils favorisent l’explosion de l’usage d’Internet et des smartphones et donc des services associés.

– Une myriade de PME (souvent gérées par des étrangers pour les plus grosses) qui font 70% de leur CA en projet d’outsourcing, le marché intérieur étant toujours assez limité. Les appels d’offres publics sont limités et difficiles d’accès en raison de la situation politique du pays (clientélisme, corruption…).

– L’industrie (banque et textile principalement mais aussi sur le e-commerce) qui s’implante avec des systèmes IT préexistants (souvent japonais ou chinois) et qui ne cherche quasiment que des opérateurs et des techniciens de maintenance.

– Enfin le secteur avec les meilleures perspectives est celui des grands groupes cambodgiens (restauration, tourisme, enseignements privés, alimentation/agriculture) portés par la croissance générale du pays. Ils se développent et commencent à atteindre un stade où l’IT est vital à leur compétitivité. Ces grands groupes font généralement preuve d’une forte préférence nationale qui pourrait permettre à des entreprises IT locales de se développer et ainsi offrir des belles perspectives d’évolution à nos diplômés.

Concernant les technologies, le marché est, comme ailleurs, assez diversifié. Les produits open source ont, bien sûr, une place prépondérante pour des raisons de coûts. Enfin, le smartphone étant le seul (et souvent le premier) terminal d’accès à Internet pour une grande partie de la population, un projet dont la cible est le “grand public” ne pourra pas faire l’impasse dessus. Il y a donc encore probablement un fort potentiel de développement sur les technologies mobiles.


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Le marché de l’IT bouge vite, même très vite et demande une adaptation constante aux tendances, et aux technologies. Comme l’explique Juliette Wait responsable de la communication Asie pour PN, “Passerelles numériques se doit d’être dynamique et réactif car l’une de nos priorités est de proposer des formations en adéquation avec les besoins du marché local des pays dans lesquels nous opérons. Grâce à des études de marché, nos enseignements sont régulièrement ajustés car notre objectif principal est l’embauche de nos jeunes diplômés qui, grâce à leur travail, vont pourvoir se sortir, eux et leurs familles, de la pauvreté et contribuer au développement de leur pays”.

Un grand merci à Benoît Pitet et Juliette Wait !

PN recherche régulièrement des ressources humaines qualifiées pour renforcer ses équipes au Cambodge, aux Philippines et au Vietnam. Tenté par l’aventure ? Quelques propositions de stages et postes sont consultables ici et les candidatures spontanées sont toujours considérées!

Enfin pour soutenir les actions de Passerelles numériques, vous pouvez faire un don en cliquant ici.

Suivez Passerelles numériques sur Facebook, Twitter et YouTube ou depuis http://www.passerellesnumeriques.org.

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1 Comment

  • Reply Volunteering in programming in Cambodia - Tech beyond borders avril 22, 2016 at 10:53

    […] can read his interview here, in french […]

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